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22 Grande rue,69110 Sainte-Foy-lès-Lyon

Sophie Dupré

Comment aller davantage encore dans la transparence, ou l’invisibilité, l’innommable et l’indescriptible, l’impalpable, dans ce que l’on ne peut ni toucher ni sentir ni goûter ? Voir, peut-être, me direz-vous ? Oui, c’est bien là le propos de Sophie Dupré, donner à voir malgré cette impossibilité. Peindre fantôme. 

Elle peint des portraits et des paysages dont on ne peut affirmer la présence, sur des supports à la fragilité assumée du papier de riz et de soie, on les entend voler et bruisser au souffle léger d’un courant d’air, avec leurs plis amidonnés et figés dans la colle, cette fausse raideur d’un support hésitant toujours entre le plier et le casser, cette fausse transparence des parchemins huilés dont on couvrait les ouvertures de fenêtre en des temps très anciens, celle qui estompe le réel et la matérialité des choses pour n’en faire qu’une bouchée de nuages et de vapeurs fumantes. 

Sur ces supports de brume elle dessine et peint les lieux et les restes d’une matérialité disparue, transformée, opacifiée. (…) 

Bernard Collet, Peindre fantôme 

 

Dans ces derniers travaux sur la couleur on peut penser aux sensations décrites par Jun’ichirô Tanizaki dans « Eloge de l’ombre ». Après avoir formulé des réserves contre ce qui représente un » excès de pureté et de limpidité », il décrit les couleurs du yôkan « leurs surface trouble, semi-translucide comme un jade, cette impression qu’ils donnent d’absorber jusque dans la masse la lumière du soleil, de renfermer une clarté indécise comme un songe, cet accord profond de teintes, cette complexité …»